
Frédéric Guesdon mettra un terme à sa carrière dimanche et va laisser un souvenir inoubliable à son équipe. Tous ceux qui l’ont côtoyé parlent de lui comme d’un homme honnête et fiable. Extraits.

Marc Madiot (son patron depuis 1997) : « Avec Monsieur Guesdon qui s’arrête, je perds 15 ans de ma vie. C’est le dernier de mes coureurs du début et je sais que dimanche, sur le vélodrome, ça va me faire drôle. Ça le fait déjà… Aux Trois Jours de La Panne, pour son dernier chrono, déjà, j’ai ressenti de la tristesse en me disant, voilà, c’est la dernière fois que je le suis. Il fait partie de la famille FDJ et avec lui ce fut toujours facile. Il nous a apporté notre première grande victoire et puis pendant la période plus difficile pour nous, quand nous étions au creux de la vague, on savait pouvoir compter sur Fred qui nous apportait de l’enthousiasme et des résultats. Et avec lui, c’était la certitude de notre participation dans les courses flamandes parce que c’est un homme respecté en Belgique. Et avec lui, c’est toujours le cas en 2012, on peut partir en voyage dans ces courses-là. Neuf ans après avoir gagné à Roubaix, il s’est imposé dans Paris-Tours et je l’ai vécu comme un juste retour des choses, comme une justice. Ensuite, quand il a abordé le dernier pan de sa carrière, il s’est mué en capitaine de route, naturellement, en étant près des jeunes. Il a apporté de la sérénité. Il m’a souvent épaté et peut être plus encore ces dernières semaines, après son accident en Australie, pour revenir et bien arrêter sa carrière à Roubaix comme il se l’était promis. Quand il est revenu en stage à Renazé, puis à sa première course à Nokere le 14 mars, il n’avait rien d’un retraité. Il est admirable de professionalisme. Voilà, on a une longue histoire lui et moi. Il m’a fait évoluer, notamment dans mes briefings que je devais changer pour qu’il n’entende pas toujours les mêmes. Et je dois dire qu’il est arrivé qu’on s’engueule aussi. En 1996, je voulais l’engager mais lui ne voulait pas. Il me reprochait de ne l’avoir pas salué quand il avait fini deuxième de Paris-Roubaix amateurs en 1994. Il a fallu que j’aille le voir trois fois, il voulait être sûr d’être désiré… Et puis il y avait les discussions pour ses renouvellements de contrat. On savait bien lui et moi qu’on n’allait pas se quitter mais il fallait qu’on parle, qu’on entretienne le suspense… Je suis fier d’avoir eu cet homme-là, près de moi, pendant 15 ans.
Christophe Mengin (douze ans dans la même chambre) : « En 1997, à la création de l’équipe, on ne se connaissait pas vraiment Fred et moi. On s’était croisé dans un Tour des Vosges mais sans entamer la conversation. Début 1997, on n’a pas vraiment accroché et puis on s’est retrouvé à préparer ensemble les classiques puis à les disputer. Tout s’était bien enchaîné, j’avais gagné une étape des Trois Jours de La Panne, lui à Roubaix et tout naturellement on a scellé nos liens d’amitié. Nous avons tout fait ensemble, avons partagé la même chambre. Ç’a duré 12 ans. On s’est beaucoup marré, il a un humour bien à lui, maniant la dérision même quand on vivait des galères dans le Tour de France. Evidemment, il m’a le plus épaté en gagnant Paris-Roubaix. J’étais dans le deuxième groupe, lui dans le premier. Je suis entré dans le vélodrome 1’30’’ après lui et je me concentrais sur mon sprint quand j’ai entendu Daniel Mangeas parler de lui, « un Breton né à Saint-Méen le Grand... » Je me suis dit « tiens, c’est pas mal, il a fini premier Français. » J’ai pris la seizième place, je suis descendu de vélo et j’ai appris sa victoire. J’ai explosé de joie. Quinze ans plus tard, il termine sa carrière au vélodrome. C’est un luxe de choisir sa fin et c’est beau qu’il le fasse après sa grave blessure du mois de janvier. »
Gérard Guillaume (medecin de l’équipe depuis 1999) : « Parler de Fred sur le plan vélo, c’est parler de quelqu’un de fidèle qui n’est pas allé au plus offrant. C’est un coureur totalement impliqué dans son métier et le temps venant, il a été un exemplaire capitaine de route, un élément fédérateur qui a dispensé volontiers son savoir aux plus jeunes. C’est un dur au mal mais c’est une caractéristique de tous les coureurs, capables de se relever de chutes phénoménales et de repartir de suite et, le concernant, capable de remonter sur son vélo un mois après une fracture ouverte de la hanche. C’est un homme qui gagne à être connu, réservé et plein d’humour, un fort caractère qui sait mettre l’ambiance. On peut compter sur cet homme-là. Quand il sait qu’il risque de ne pas être à la hauteur, il le dit, il est fiable.
Médicalement il est de bonne santé et la relation coureur-médecin a été facile. J’ai de lui beaucoup de souvenirs et peut être plus particulièrement de le voir en baver des ronds de chapeau dans les cols du Tour de France et d’aller au bout de lui-même pour atteindre la ligne d’arrivée. Je repense aussi à notre premier Tour du Gabon. Avec Christophe Mengin, il avait compris le sens de notre présence dans cette course. Spontanément, ils ont aidé les Africains, leur ont beaucoup parlé, ont mangé à la même table le soir et ont décidé de partager les prix de course avec les coureurs africains. Je crois que c’est mon plus beau souvenir avec Fred… »
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