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« On est vraiment bien à la FDJ »

le 29 juin 2017 - Entretien, avec Arnaud Démare
Il y a cinq jours, le sprinteur du Trèfle a conquis son deuxième titre de champion de France et c’est donc en enfilant de nouveau le maillot bleu-blanc-rouge qu’il prend part samedi à son troisième Tour de France, le grand morceau de sa saison. Motivé comme jamais, mais plus détendu. Avec une énorme confiance en son groupe dont il parle si bien.

Arnaud, à la veille du départ du Tour de France qui constitue le grand objectif de ta saison, comment te sens-tu ?

Ça ne peut qu’aller bien. Pour revenir au Championnat de France, c’est difficile à expliquer mais il y a des journées où on ne sent pas les pédales, d’autres où on galère. Je me sentais vraiment très bien dimanche. Je suis de plus en plus résistant, de plus en plus frais aux arrivées. Maintenant, c’est important, avec l’expérience et la maturité, je gère mieux l’émotion, je parviens à me focaliser sur ce que je sais faire.

 

 

"Je me suis imposé doucement par mes jambes. Pas par la voix"

 

 

Tu l’as dit, c’est la victoire d’un collectif ?

C’est très impressionnant. Dans le briefing d’une course normale, je sais que sept coureurs se sacrifient pour moi. Là, au départ je savais que 19 coureurs allaient rouler pour moi toute la journée. Arthur Vichot et Anthony Roux avaient les jambes pour jouer le titre. Les voir rouler comme ils l’ont fait était très impressionnant, très rassurant aussi. Plus on approchait de l’arrivée, plus j’étais confiant. L’équipe a été à 100% pour moi.

 

> Nono et l'équipe FDJ étaient intouchables !

 

Il est évident que tu t’es imposé à eux !

Par le passé, on m’a reproché de ne pas assez gueuler… Je me suis imposé doucement par mes jambes. Pas par la voix. Il y a forcément beaucoup de confiance en moi aujourd’hui. Mes équipiers se donnent à fond. Au niveau de l’encadrement, il n’y a pas de doute. Ils savent que je vais répondre présent. J’ai connu des déceptions, en 2015 notamment mais j’ai grandi de ça. Mes efforts de 2015 paient aujourd’hui.

 

 

 

La joie de Marc Madiot après le sacre de Champion de France d'Arnaud Démare

 

 

As-tu compris la réclamation de l’équipe Cofidis pour Bouhanni ?

Je savais que Nacer n’allait pas lancer, ce pas son style. J’ai vu qu’il était là, dans ma roue, à 3 kilomètres de l’arrivée. J’étais bien emmené, j’avais confiance en mes jambes. A aucun moment je n’ai paniqué, je n’ai pas douté. Je me suis remémoré l’étape du Critérium du Dauphiné quand je l’ai décollé de ma roue. A Saint-Omer je me suis dit qu’il fallait lancer loin. L’empêcher de la faire. Dans le sprint, je bouge un peu mais il est à 50 centimètres de ma roue arrière. Il n’est pas gêné. Je voyais ce qu’il se passait derrière. Je me suis recentré sur la route pour la photo. A aucun moment je n’ai fait une erreur. Je ne fais pas une vague, je suis seul, il est derrière. En 200 mètres, il ne reprend rien. Ce n’est pas en 25 mètres qu’il allait le faire.

 

 

"En 2014 mon objectif était le Championnat, cette année c’est le Tour. Je ne parle que de ça"

 

 

Tu as eu beaucoup de sollicitations ensuite ?

J’ai fait le marathon des journalistes. Les Rois de la Pédale sur Eurosport, Stade 2, Tout le sport, la conférence de presse. Quand je suis enfin arrivé au bus, une grande partie de mes équipiers étaient partis prendre le train ou l’avion mais il y avait le staff. Arnaud Courteille, Arthur Vichot et Marc Sarreau étaient encore présents. Depuis, le temps passe très vite. Retrouver mes proches a été juste énorme. Mes proches sont pour beaucoup dans ma réussite. Ma compagne tous les jours, mon père pour le scooter et le massage, dans la vie quotidienne pour me donner un coup de main, ma mère pour les papiers et les démarches administratives. Ma sœur qui a accouché de jumeaux il y a un mois est au top. Ma famille est très soudée.

 

Tu as pris le temps de te reposer ?

J’ai eu deux jours de break avant de partir à Düsseldorf. Je voulais profiter de la maison et me reposer. Lundi j’ai fait un petit tour de vélo d’une heure et demi avec Morgane (sa compagne). J’ai ressorti la version vintage du maillot bleu-blanc-rouge de 2014 pour rouler. Dans la perspective du Tour, papa m’a massé. J’ai bu une coupe de champagne avec ma frangine. Mardi je n’ai pas roulé, j’ai privilégié la sieste. C’est passé vite mais ce n’est pas plus mal. En 2014 mon objectif était le Championnat, cette année c’est le Tour. Je ne parle que de ça. Le championnat est réussi mais le Tour c’est la pièce maitresse. Il y a trois ans j’avais eu un gros coup de décompression entre championnat et Tour. Là je sais où je vais.

 

Le Tour, nous y sommes !

C’est ma troisième participation. Je ne suis pas passé loin de gagner déjà, j’ai fait deux fois troisième en 2014 et j’étais satisfait de mes troisièmes places. Cette année, j’y vais avec une équipe vraiment forte. Les deux premières fois la chance pouvait m’aider mais mon train n’était pas assez fourni. Cette année, il y a cinq coureurs plus moi. On est motivé, on a bien travaillé. J’ai beaucoup plus d’ambitions que les autres années.

 

 

"Les autres, je les ai tous battus et mon train vaut bien le leur"

 

 

Tu as déjà fait un état des lieux ?

J’ai coché pas mal d’étapes. Dimanche à Liège. Le lendemain à Longwy, même si la côte est longue, je vais me battre. Ce sera une journée usante, je ne vais rien lâcher. Puis Troyes, Nuits-Saint-Georges, Bergerac et Pau. Les autres années, les sprints n’étaient pas évidents pour moi avec ce qui restait du peloton. Là je me focalise sur mon groupe et moi.

 

Où te situes-tu dans la hiérarchie du sprint ?

Je n’ai pas de complexe. Il y a longtemps que j’en ai affronté certains comme Kittel qui, pour moi, est le client. Les autres, je les ai tous battus et mon train vaut bien le leur. Je trouve que Greipel n’est plus aussi saignant, Kristoff je l’ai battu plusieurs fois cette année. Degenkolb sera isolé, son équipe va tout miser sur Contador. Peter Sagan est aussi un gros client. Le problème, lui est imprévisible. Plus c’est difficile, plus ça lui facilite la tâche.

 

Ta confiance vient aussi beaucoup de la présence de Jacopo Guarnieri ?

L’an dernier, je savais que Marc (Madiot) était dessus pour le recruter. J’ai regardé la télé et j’ai vu son travail monstrueux dans le Tour. J’ai tout détaillé, je voyais que Kristoff était au taquet dans sa roue. Jacopo est lucidité et maitrise. Il sait ce qu’il fait. Son job c’est le sprint. Il est impressionnant. Quand ça frotte, il ne se laisse pas faire et dans le rondin, je peux dire que ça va très vite. Je ne donne pas un coup de pédale. Avant de nous rejoindre, il m’envoyait des messages de confiance par SMS. Je dois aussi parler des autres. Davide Cimolaï a une force impressionnante. Dans le dispositif il est juste devant Jacopo. Lui est beaucoup plus dans la maitrise, dans le geste. Il répond toujours présent. Dans une étape de montagne il peut être très nul, le lendemain il va tout déchirer.

 

Il y a aussi ta relation avec Mickael Delage ?

Ma relation avec Mika est au top. La tâche a changé mais il se régale dans son rôle de pilotage à l’approche du dernier kilomètre. Il est heureux et ça se voit. Il réclamait du renfort, il est arrivé. Il est ravi de voir les deux Italiens travailler. Lui et moi faisons toujours chambre ensemble. Parfois les Italiens ne sont pas là mais on l’a vu à Ingooigem et à Saint-Omer, il est au top. Mika ne m’avait pas lancé depuis sa chute à Hambourg l’an dernier. Les automatismes sont revenus comme si de rien n’était. Après la ligne d’arrivée, on ne s’est pas parlé. Ce n’était pas utile. On fusionne à la perfection. On ne s’est pas parlé pendant les cinq heures du Championnat. Juste un petit ‘’ça va ?’’ et ‘’Oui t’inquiète pas, ça va le faire’’.

 

 

 

Arnaud Démare remercie son coéquipier Anthony Roux / Arthur Vichot et Mickaël Delage

 

 

Parle-nous d’Olivier Le Gac et Ignatas Konovalovas ?

Kono est arrivé l’an dernier. J’étais un peu réticent au début mais j’ai découvert un homme, un talent, un sérieux, une gentillesse. Lui pour poser un groupe, pour rendre intelligent un groupe, c’est énorme. J’ai rarement vu un mec se dépouiller comme lui pour boucher dix mètres. Olivier est jeune, j’ai commencé avec lui en 2016. Gand-Wevelgem était sa première classique flandrienne, il avait surtout fait les Ardennaises. Il progresse tout le temps et va découvrir le Tour. Il est de plus en plus important autour de moi. Il a terminé ses deux grands Tours, la Vuelta puis le Giro. Dans le train, ces deux-là peuvent échanger leur place. Ils tiennent le même rôle. Rester devant ils savent faire. En fait, je peux parler longtemps des gars, c’est un groupe génial. Nous avons fait un stage de préparation en Corse, c’était des vacances dans la tête. On va s’éclater !

 

Sans parler du train, de ceux comme Arthur et Anthony dont on a dit le rôle, à Saint-Omer on a vu aussi Rudy Molard, Jérémy Maison…

Dans le Championnat, il y avait certains coureurs avec qui je n’avais pas couru cette année. Rudy Molard s’était surpassé dans les bordures de Paris-Nice. Il a fait une entrée dans l’équipe FDJ extra. A Saint-Omer, Jérémy Maison est revenu en tête de peloton à 5 ou 6 reprises. Pour le maillot vert au Critérium du Dauphiné, il était très heureux. C’est un coureur très émotif. C’est important que les mecs vivent le vélo qu’on fait. Je peux en citer beaucoup mais les Marc Fournier, Jérémy Roy, Arnaud Courteille, William Bonnet sont top. Ces mecs, c’est de l’or ! Il y a un chouette mélange d’expérience et de jeunesse. On est vraiment bien à la FDJ.

 

 

Par Gilles Le Roc’h 

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